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VAE sur un master ... à la Réunion en 2007

Ou comment remplir des IAE en jouant sur la précarité.

dimanche 25 novembre 2007, par YannB

Yann relate avec une profonde indignation, la manière avec laquelle l’éducation nationale lui a « vendu » un espoir falacieux d’obtenir un diplôme permettant de relancer sa carrière.

Fin 2006, je me retrouve sur une réunion d’information d’un CIO qui va être le départ d’une expérience que j’aurais réellement du éviter. De réunions collectives en rendez vous individualisés, après des remplissages de fiches, de fiches de liaisons, mes interlocuteurs aboutissent à me présenter un diplôme en relation avec mon expérience qui serait validable dans le cadre de la VAE soit le master ... ou ancien DESS ....

La cellule régionale Inter service de la VAE titre sur sa plaquette : Un droit, une chance, une ouverture sur la vie...

Après des échanges avec le SUFP (service universitaire de la formation continue) de La Réunion, il apparait que mon dossier tient bien la route et nous convenons d’une inscription pour établir un livret 1 pour la recevabilité de ma demande. Le dossier de candidature me sera transmis avec environ deux mois de retard pour cause de : retard général. Les règlements commencent à être émis normalement.

L’université du Moufia est à 45 min de mon domicile et les réunions sont réellement optimistes quant au chances d’obtentions de la VAE.

Le livret 1 d’acceptabilité est enclenché ; Il s’agit d’un important travail double.

  • Dans un premier temps, c’est un gros travail de 14 ans de vie active à récupérer, c’est 50 pages de copies de diplômes, de certificats de travail, de détails de formations en entreprises, d’extrait Kbis etc... qui va constituer le dossier des pièces.

Puis il s’agit de remplir le livret 1 autant de pages où l’on doit se projeter dans un dédales d’expériences à décomposer en démarches scientifiques , compétences de synthèses, compétences techniques...Le tout en 3 exemplaires

 Le livret 1 est accepté, mais le personnel fort sympathique en charge du dossier m’avait déjà témoigné d’avis optimiste, je le deviens aussi. A partir ce moment là, on m’expliquera lors de mes questions concernant les taux de réussites sont les suivants :

« Des fois, il se peut que la personne n’obtienne pas la validation totale, et qu’il y est 1 ou 2 modules à représenter ( sur 8 : NDLR), dans ce cas vous pouvez les représenter dans l’année sans avoir à repayer tels frais... ».Bien vendu.

Bon, je deviens agréablement confiant et j’en parle autour de moi relativement content. j’accepte l’accompagnement sur 4 séances (500 eur de plus). Il s’agit du livret 2 : le gros morceau j’en ferais près de 200 pages. Et à chaque séance, mon accompagnatrice employé au SUFP (qui est fort sympathique, de bons conseils ) montre naturellement un optimisme de réussite quand à mon parcours de d’emplois cadres, gérant de SARL, ou encore consultant en entreprise.Cela correspond bien à la nature du diplôme qui se veut généraliste. Elle m’avouera plus tard sa surprise et sa déception quant aux résultats.

Je vais passer + 300 heures à rédiger et alimenter en tableaux, documents couleurs et annexes les 190 pages de mon livret 2, recevant des louanges de mon accompagnatrice quant au soins apportés à la mise en page et aux moyens de bien se repérer sur ce dossier. Nota : je n’ai pas rencontré d’enseignants du Master pendant ces rédactions,en dépit des informations du site du SUFP.

Je passerai des mois à réaliser ce dossier, imprimé en 5 exemplaires pour le rendre le 10 septembre 2007 date butoir afin que le SUFP envoie par la poste aux 3 membres du jury l’ensemble des dossiers soit : 1200 pages environs par envoi que ces personnes auront la délicate tâche de consulter du jeudi 13 septembre au mercredi 19 septembre 14h (jours de l’oral visant à éclaicir et valider certains points de détails du dossier) ET CE EN PLEINE PERIODE DE RENTREE SCOLAIRE. Là je commence à douter et

J’ai déjà déboursé un budget de 2500 Eur tout frais compris sans aides...

Le 19 septembre je me présente devant jury composée de 3 personnes :un professionnel, et deux responsables (pas d’enseignants... classiques) dont je ne citerai pas les noms et les titres car je ne peux prouver mes propos,( même s’il ne sont pas dégradant) et on pourrait m’attaquer en diffamation. Liberté d’expression...Il faut tout de même faire attention. Ca démarre par la demande de faire une présentation de mon parcours professionnel. Dès le départ, je commence à sentir une certaine lourdeur. Avec l’expérience en formation, management d’équipes et en recrutement, je me retrouve en face de trois personnes le bas du visage masqué par la main et la bouche pris en sandwich entre le pouce et les doigts. Là, toute personne ayant appris quelques bases en analyse de la gestuelle va rapidement intégrer que ces signes signifient que les personnes en face ne jouent pas forcément cartes sur table. Mais ce n’est pas une science exacte...

Un responsable restera en partie rivé sur mon CV... Deux questions :

  • Quels ont été mes chiffres d’affaires ? Ces points peu intéressants à mon gout sont quand même consignés dans mon dossier, mais on peut penser que ç’est une double validation.
  • Qu’avez vous fait entre ces deux périodes d’activité. Et pan, là on part dans le subjectif . On est plus dans l’objet de mon dossier. Alors que toute démarche VAE se base sur le livret 2. Je réponds à cette question valable en entretien de recrutement mais relativement peu objective dans le cadre universitaire, me semble t’il.
  • Le professionnel terminera par me demander les détails de ma démarche commerciale en tant que consultant alors qu’elle est le sujet principal d’une démarche scientifique. 1er sujet de mon livret 2... Rien de grandiose je trouve, rien de subtil sur cet entretien qui confirmera mes doutes. Je suis peut être exigeant mais vu le niveau de ces personnes, les sommes investies et le temps passé, j’estime que ç’est légitime.

Je dois théoriquement attendre 1 semaine pour des résultats. Et là je vais faire une partie de pingpong pendant 3 semaines avec des « c’est partie » , « pas partie », des fax a priori égarés entre le SUFP et l’IAE Le SUFP tentera de se dégager de la patate chaude en me disant :« maintenant il faut se tourner vers l’IAE notamment pour éventuellement s’inscrire en formation continue ». Je recevrais un courrier dans ce sens . Tiens, là, je commence à entrevoir un horizon pas très clair.

Enfin j’apprendrais par téléphone en catimini ma réussite sur 2 modules sur 8. Dont l’anglais des affaires, car ces personnes avait noté ( c’était sur le CV) que j’ai participé à implanter 20 succursales à l’étranger.

Là, je vois rouge, évidemment le SUFP compatit, je sais qu’on était 5 à passer cette VAE, 5 échoués et... un reçu, on se retrouve à 6 à priori les infos se télescopent ... Tiens. tiens.

Je recevrais un courrier avec mes deux modules validés me demandant de me rapprocher de l’IAE pour m’inscrire en Formation continue... 3700 EUR. Je demande confirmation de cette somme et des détails par Email . Il est resté sans réponse à ce jour, pourtant notre contrat stipule bien que le suivi doit être effetué

Un responsable me répondra au téléphone qu’il a noté que mon dossier était un peu brouillon ( Mon accompagnatrice en sera étonnée cf. ci dessus) et que je n’ai pas su me VENDRE pendant l’entretien. Et mon expérience dans tous ça ? Et qu’on ne pouvait rien lui reprocher qu’il avait validé une personne. Du grand art ! encore...

Le fin du fin de l’histoire est que le lendemain, la une du journal Réunionais titrait :

titre du quotidien du 17 octobre 2007

Avec en première colonne la référence aux classes de masters qui restaient ouvertes extra temporis... avec le SUFP en tant que pourvoyeur d’étudiants. :

Voilà CQFD. Mes attentes ont à priori subit le peu d’intérêts voir du dédain, à mon humble avis, de mes interlocuteurs, « souverains des décisions », en pleine rentrée scolaire et du contexte de crise très particulier que connait l’université de la Réunion avec un ex-recteur d’académie soigné en métropole pour dépression et fustigeant l’ambiance particulière de cet entité sur La Réunion. c’est dans les journaux aussi ...

J’estime que ces personnes n’ont pas de scrupules à jouer avec des hommes et des femmes en difficulté . Il est très difficile de faire un break, sur un point de vue financier, familial et personnel, à la quarantaine pour exposer son bilan devant des jurés qui ont d’autres objectifs. C’est un jeu très dangereux, un jeu qui peut facilement provoquer chez des sujets fragiles des dépressions et pourquoi pas développer des maladies. il faut donc dénoncer ces pratiques et mettre en garde les futurs candidats.

P.-S.

Il est fort probable, Yann, que vos interlocuteurs n’avait d’autres soucis vu le contexte. Mais tout est dit en fin de compte. Merci pour les images qui illustrent bien votre analyse.

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2 Messages de forum

  • Merci pour ce témoignage. J’ai un ami qui a passé un VAE en métropole et il semblerait qu’ils aient été très carrés là-bas, mais c’était pour une licence. Je n’en sais pas plus sur l’organisme qu’il a été voir pour cette validation d’acquis, je sais juste que c’était en Région Parisienne ou Paris. Je pense pour ma part qu’une VAE ayant un lien avec l’informatique est plus simple à passer car l’informatique étant une science précise, le jury ne peut évidemment pas alimenter ses jugements sur des concepts abstraits.

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